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Arbitrage potasse : Emmerson réclame 1,2 milliard $ au Maroc


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 1 Avril 2026

L’arbitrage entre le Royaume du Maroc et la société britannique Emmerson PLC marque une nouvelle étape décisive. Le groupe minier a officiellement déposé son mémoire devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), révisant à la baisse ses prétentions financières à 1,215 milliard de dollars contre près de 2,2 milliards initialement évoqués dans sa demande d’arbitrage. Cette phase écrite ouvre un moment crucial de confrontation juridique autour du projet de potasse de Khémisset, déjà au cœur de tensions entre régulation environnementale et défis d’attractivité pour les investisseurs étrangers.



Arbitrage potasse : Emmerson réclame 1,2 milliard $ au Maroc

Le litige remonte à la décision des autorités marocaines de rejeter en décembre 2024 l’étude d’impact environnemental du projet potassique de Khémisset, estimé par Emmerson comme l’un des plus prometteurs en Afrique en termes de ressources et de potentiel de production. Emmerson invoque une violation du Traité bilatéral d’investissement avec le Royaume‑Uni, estimant que la non‑autorisation d’exploitation équivaudrait à une expropriation indirecte et à un traitement injuste de ses investissements.
 

Le mémoire soumis devant le CIRDI contient désormais l’argumentaire juridique détaillé et les analyses financières indispensables à l’évaluation du préjudice. Pour justifier ses réclamations, Emmerson s’est appuyée sur des expertises indépendantes, notamment des modèles de flux de trésorerie actualisés (discounted cash flow). Le montant revendiqué – 1,215 milliard $ nets d’impôts locaux et après intérêts – reflète une estimation plus prudente que les chiffres avancés lors de l’ouverture de l’arbitrage en 2025.
 

Sur le plan marocain, les autorités défendent la légitimité des décisions prises, notamment en matière environnementale et de gestion durable des ressources naturelles. Pour Rabat, assurer la souveraineté réglementaire tout en restant attractif pour les investissements étrangers est un exercice d’équilibre délicat, particulièrement dans le secteur minier où les enjeux économiques sont élevés.
 

Ce différend souligne également une réalité plus large : la nécessité pour le Maroc de renforcer les cadres de prévention des risques juridiques pour les projets d’investissements internationaux, sans compromettre ses impératifs de développement durable. Une issue défavorable sur le plan financier pourrait peser sur la perception des investisseurs internationaux, notamment dans de grands projets miniers ou industriels.


Alors que le Maroc se positionne comme un hub d’investissement en Afrique, ce dossier potassique au CIRDI illustre les défis à concilier réglementation nationale, exigences environnementales et confiance des capitaux étrangers. Le verdict ouvrira sans doute une nouvelle page sur la manière dont le Royaume protège, à la fois, son intérêt public et son attractivité internationale.





Mercredi 1 Avril 2026